La graisse animale, nouveau carburant écologique ?

Mis à jour le par Equipe Rédaction

Depuis l’Antiquité, le suif et le saindoux ont été utilisés dans la fabrication des bougies ou des cosmétiques. Mais depuis une 20aine d’années, la graisse animale est également devenue un biocarburant de plus en plus utilisé, notamment par les compagnies aériennes, sous haute pression pour améliorer leur bilan carbone. En particulier, la graisse de porc issue de sous-produits d’abattoirs est couramment employée à cet effet. Bonne ou mauvaise idée pour la planète 🤔 ? ça se discute !

La graisse animale, nouveau carburant écologique ?

De la graisse animale dans les avions pour réduire les émissions de CO2

Chacun le sait, les voyages en avion sont loin d’être les plus vertueux d’un point de vue climatique, au point de générer le flygskam, ou la honte de prendre l’avion, auprès d’un public de plus en plus large. De ce fait, le secteur est sous pression pour contrôler ses énormes émissions de carbone 🛬. Et il se trouve justement que l’utilisation de graisse animale permet de faire diminuer l’emprunte carbone des vols. Un carburant pas du tout vegan, donc, mais qui pourrait présenter des avantages d’un point de vue écologique 🌿. De nombreuses compagnies aériennes ont ainsi conclu des contrats d'approvisionnement avec des fournisseurs de carburant à base de graisses animales pour se fournir en « carburant d’aviation durable », comme c’est le cas de Ryanair Holdings Plc et Wizz Air Holdings Plc. 👉 Vous pensez vraiment que l'avion est plus polluant que la voiture ?

Mais l’utilisation de graisse animale dans les carburants ne date pas d’hier et concerne aussi, de plus longue date, les transports routiers, souvent à l’insu du consommateur. Les bas morceaux de veaux, vaches, moutons ou encore cochons qui ne peuvent connaître d’autres débouchés sont ainsi fondus et servent à produire de la graisse animale, utilisée notamment dans les carburants.

L’ombre de la pénurie de graisses animales

La demande en la matière s’intensifie, et la BBC estime qu’elle devrait tripler d’ici 2030. Au point que la pénurie guette déjà, et que la quantité d’animaux abattus serait déjà insuffisante. En effet, pour alimenter en totalité un vol transatlantique Paris/New-York, il faudrait récupérer les restes de 8 800 porcs. Ça commence à en faire, de la cochonnaille 🐷 ! De même, en Europe, la consommation de graisses animales pour la production de biodiesel s’élevait à 30 000 tonnes en 2006, et a atteint 1,4 million de tonnes en 2021.

Un effet domino dévastateur pour l’environnement

Un phénomène qui laisse entrevoir un risque de dérive, car la solution alternative à ce biocarburant pour de nombreuses industries utilisant actuellement de la graisse animale, serait l’huile de palme 🌴, qui n’est clairement pas réputée pour ses vertus environnementales. Et pour cause : la production de cette huile végétale est un véritable fléau climatique et génère une importante déforestation et une destruction massive de la biodiversité. Les fabricants d’aliments pour animaux de compagnie, par exemple, qui se retrouvent en concurrence avec l’aéronautique, devront se tourner vers d’autres sources, en raison de la pénurie provoquée par la forte demande en provenance du transport aérien.

Si l’utilisation de graisse animale a cela de vertueux qu’elle permet d’utiliser des sous-produits qui n’avaient pas d’autres débouchés, et d’éviter le gaspillage, se reporter sur l’huile de palme, à l’inverse, est une alternative nuisible 👎. De quoi faire perdre tout intérêt écologique à une démarche initialement louable, car les effets sur l’environnement seraient alors plus délétères que le diesel conventionnel.

Des soupçons de fraude industrielle

Une tendance qui incite également les acteurs du secteur à tricher : au lieu de n’utiliser, pour la filière du biocarburant que les graisses animales ne pouvant être consommés par les humains ou les animaux, il n’est plus rare d’utiliser à présent les graisses plus qualitatives, qui pourraient trouver d’autres débouchés (comme l’alimentation animale). Ainsi, en 2021, les pays européens ont déclaré consommer deux fois plus de biocarburants dérivés des catégories 1 et 2 (donc les catégories les moins qualitatives) que ce que l’industrie des graisses animales n’a réellement produit, d’après une étude publiée le 31 mai 2023 et menée par le cabinet de conseil Cerulogy pour le compte de T&E. Un constat bien curieux qui laisse entrevoir une fraude industrielle d’envergure car cela supposerait qu’une grande quantité de produits aient été déclassés et faussement étiquetés pour bénéficier de subventions européennes 😠.  

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À retenir

L’utilisation des graisses animale comme biocarburant afin de réduire les émissions de CO2 est séduisante, et semble, à première vue, être une initiative durable, permettant d’offrir un débouché propre à des sous-produits animaux inutilisables dans les filières alimentaires. Toutefois, l’opération pourrait avoir des effets environnementaux bien plus délétères qu’il n’y paraît par ricochet. En effet, la demande est telle de la part des compagnies aériennes, sous pression pour diminuer leur impact carbone, que la pénurie guette : le nombre d’animaux abattus est d’ores et déjà insuffisant, et les industries pourraient se reporter sur des alternatives bien moins vertueuses, telles que l’huile de palme. De même, elle donne probablement déjà lieu à des fraudes industrielles, consistant à déclasser volontairement des sous-produits animaux afin de satisfaire les besoins du secteur.

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Sources : geo.fr, reporterre.net, bbc.comcaminteresse.fr

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