El Niño, de quoi s’agit-il ?
El Niño s’intègre dans un phénomène plus large nommé l’oscillation australe El Niño (ENSO- El Niño Southern Oscillation), et désigne une variation naturelle du climat qui concerne la zone équatoriale de l’océan Pacifique et qui induit un réchauffement de la planète et une augmentation des événements extrêmes 🌏. Ce phénomène connaît deux cycles : un qui se réchauffe, El Niño, et sa partie froide : La Niña 🥶, qui a tendance, à l’inverse, à modérer les températures moyennes à l’échelle planétaire. Tous deux modifient la façon dont l'air et l'humidité se déplacent dans le monde, et ont une influence sur le climat à l’échelle de la planète.
El Niño, l’enfant terrible du climat
Ce phénomène climatique se traduit par une hausse de la température à la surface de l'eau, jusqu’à une profondeur d’environ 10 mètres, de l’est de l’océan Pacifique, autour de l’équateur. Son nom lui a été donné par les pêcheurs péruviens, et vient de la traduction en espagnol signifiant « enfant », en référence à « El Niño de Navidad », Jésus, du fait que le phénomène atteint généralement son apogée autour de Noël 🎄.
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Le fonctionnement climatique normal de la zone géographique
En principe, dans la zone considérée, les alizés, c’est-à-dire les vents des régions intertropicales, soufflent d’est en ouest, soit de l’Amérique vers l’Australie et l’Asie, de sorte que les eaux chaudes de surface sont poussées vers l’ouest de l’océan Pacifique dans sa zone équatoriale, vers l’Indonésie, la Papouasie et le nord de l’Australie. Du fait de cette chaleur, l’évaporation s’intensifie et les précipitations se font plus fréquentes et abondantes. À l’inverse, les eaux froides remontent le long des côtes américaines 🥶. En effet, au large du Pérou, on retrouve une remontée d’eaux froides depuis les profondeurs, entraînant une baisse de la température de l’eau près de la surface. Cette eau plus fraîche est également plus riche en nutriments. En gros, une année « normale » est marquée par un temps frais et pas trop pluvieux sur la côte ouest des Amériques, et un climat chaud et humide sur la partie ouest du Pacifique. C’est ce qu’on appelle la circulation de Walker.
Les perturbations engendrées par El Niño
Au moment de El Niño, la tendance s’inverse 🙃 : les eaux de l’Australie et de l’Asie sont donc plus froides qu’à l’accoutumée, et les précipitations liées à la chaleur et à l’humidité se font plus rares pendant la saison humide, provocant des sécheresses au cours de la saison sèche suivante. Au milieu du Pacifique, des ouragans se forment, frappant la Polynésie. De leur côté, les eaux des côtes américaines se réchauffent, et causent une augmentation des précipitations sur les côtes occidentales, provoquant des inondations dévastatrices, et perturbant la faune marine : les poissons en surface se font plus rares. Les coraux ne supportant ni la chaleur ni le froid extrêmes, sont lourdement impactés par le phénomène, et blanchissent alors de manière très préoccupante : des récifs entiers meurent.
En quoi c’est important ?
Même si El Niño ne touche concrètement que l’océan Pacifique, il influence en fait l’ensemble du climat mondial 🌍. Le régime des cyclones est perturbé, les hivers, selon les zones géographiques, sont tantôt plus cléments, tantôt plus rigoureux. La sécheresse affecte sévèrement l’Amazonie, l’Indonésie ou encore l’Australie et provoque d’importants feux de forêt. Globalement, lorsque le phénomène est marqué, comme au cours des hivers 1997/1998 ou 2015/2016, il peut engendrer une augmentation de la température de la planète, et ça, ça ne nous arrange pas dans le contexte actuel de réchauffement climatique. El Niño aggrave en effet le phénomène de réchauffement des eaux océaniques, symptôme du dérèglement climatique planétaire. Inondations dévastatrices, feux de forêts, biodiversité marine bouleversée… El Niño s’accompagne de nombreux effets en cascade, comme un effet domino.
El Niño peut-il aggraver le réchauffement climatique ?
Ce qui fait peur, c’est la fusion entre les effets du dérèglement climatique et ceux de El Niño. Ainsi, L’Organisation météorologique mondiale (OMM) prévoit que les températures mondiales atteindront des niveaux record au cours des cinq prochaines années sous l'effet conjugué du réchauffement climatique et d'El Niño. Ces dernières années, parmi les plus chaudes jamais enregistrées, ont pourtant été placées sous l’influence climatique de La Niña. Or, de fait, les années « El Niño » ont tendance à être plus chaudes que la normale. Qu’en sera-t-il, cette année, sous l’influence de l’enfant terrible du climat ?
Quelle est la fréquence de El Niño ?
El Niño ne se produit pas chaque année, et le phénomène est observable environ tous les 2 à 7 ans. Par exemple, un épisode est actuellement rencontré depuis l’été 2023, mais le dernier enregistré remontait à 2015-2016. En règle générale, il débute au printemps, s’amplifie peu à peu au cours de l’été et de l’automne et atteint son apogée en fin d’année. L’épisode actuel est plutôt atypique, et devrait durer au moins jusqu'en avril 2024, avec un pic entre novembre 2023 et janvier 2024, d’après l'Organisation météorologique mondiale (OMM).
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Qu’est-ce qui provoque le cycle ?
🤔 En fait, on ne sait pas encore clairement ce qui provoque ce cycle, qui rythme le climat planétaire depuis des milliers d’années, et il serait question de l’intensité du rayonnement solaire. Une étude récente parue dans Geophysical Research Letters le 14 octobre 2023 tend néanmoins à démontrer que le cycle de l’ENSO (El Niño Southern Oscillation) ne suit plus le rayonnement solaire, mais plutôt la hausse des températures, et donc que le réchauffement climatique d’origine anthropique serait de nature à influer sur ce dernier.
À retenir
El Niño, ce phénomène de variation naturelle du climat de la zone équatoriale de l’océan Pacifique, sévit actuellement, et ce depuis l’été 2023. Il s’accompagnera, comme à chaque fois qu’il fait son apparition, d’un certain nombre de conséquences, dont certaines sont particulièrement dévastatrices : sécheresses, inondations, perturbation des précipitations, feux de forêts… Si on le craint plus particulièrement cette année, c’est parce que ses effets combinés avec ceux du réchauffement climatique, lui-même aggravé par le phénomène, pourraient impliquer, pour ces prochaines années, des températures particulièrement élevées.
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Sources : futura-sciences.com, meteofrance.com, nationalgeographic.fr, theconversation.com, huffingtonpost.fr